Découvrons le quotidien d’un bénévole au Refuge, à Briançon. Claire nous partage son expérience depuis son arrivée en janvier. Elle aide ainsi depuis 2 mois, dans un temps plus calme, puisque les personnes exilées évitent ; grâce aux informations partagées en Italie par nos confrères, de traverser la frontière dans les très difficiles conditions hivernales.
Bonjour Claire, peux-tu te présenter ?
Je suis Claire, 32 ans, bénévole au refuge et en recherche d’emploi
Comment as-tu connu l’association Refuges Solidaires ?
Il y a 4 ans environ, j’ai entendu parler de l’action des maraudeurs à Briançon pendant le confinement, et j’avais envie de venir aider, mais je ne n’en avais pas la possibilité à ce moment là. Puis, j’ai découvert le Refuge en faisant des recherches pour un poste proposé par Médecin du Monde. J’ai tout de suite été très enthousiasmée par le projet de l’asso et j’ai décidé de venir.

Pourquoi as-tu choisi Refuges Solidaires pour faire du bénévolat ?
En ce moment, je suis à la recherche d’un travail dans l’humanitaire, le social, en lien avec mon master d’études sur le genre (sociologie appliquée à la discrimination homme / femme). Cela fait plusieurs années que je m’intéresse de plus en plus aux problématiques des personnes migrantes, qui me touchent beaucoup. Et comme j’adore la région briançonnaise, j’ai voulu venir ici pour donner un coup de main.
Es-tu logée au Chalet ?
Non, je suis venue à Briançon avec mon camion qui est installé sur un parking et je viens le matin à pied.
=> Retrouvez plus d’infos sur le Chalet bénévoles ici
Quels postes de bénévolat as-tu testés ; qu’y faisais-tu ?
Je suis arrivée en janvier. Au début les premières semaines, j’ai tourné sur tous les postes sauf la lingerie et la cuisine. Bien sûr, certains postes sont plus durs, notamment le ménage, c’est pour cela que c’est bien de tourner. Maintenant je suis plutôt sur le BVA (bénévole volant accueil), et la veille de nuit. C’est ce qui me plait le plus !
Le pôle « accueil » aide les exilés à préparer la suite de leur trajet, suit aussi les personnes qui ont besoin de soins, en lien avec la PASS de l’hôpital de Briançon… Donc le BVA va faire toutes les petites tâches qui peuvent aider (vérifier les chambres, accompagner les personnes à la gare ou à l’hôpital si besoin, …) L’accueil en lui-même est réservé aux bénévoles restant plus de 3 semaines au refuge, car ils reçoivent une formation de la part de notre responsable accueil Emma.
Et la veille de nuit, c’est principalement accueillir les personnes qui viennent juste de franchir la frontière : leur offrir un repas chaud, vérifier qu’elles n’ont pas de problèmes de santé urgent, leur préparer un lit pour qu’elles puissent se reposer après la traversée… Mais aussi gérer les problèmes ! Il faut bien être conscient qu’on accueille des personnes avec des parcours parfois très difficiles, et que ça laisse des marques. Parfois, la tension peut monter très vite et déclencher une bagarre…
Peux-tu me décrire une journée au Refuge en tant que bénévole ? Combien de temps consacres-tu au bénévolat ?
Une journée au Refuge dépend des tâches auxquelles on s’inscrit. Il y a des tâches prioritaires (la cuisine notamment), mais en dehors de ça c’est assez libre. Il y a la cuisine (3 fois par jour), l’aide à l’accueil (ce qu’on appelle le « BVA »), le lavage du linge, le rangement du vestiaire, le ménage l’après-midi, et l’aide au veilleur de nuit en début de nuit.
Il y a quelques semaines, un groupe de bénévoles a aussi décidé de revaloriser la tâche « animation » (qui s’appelle maintenant « vie du lieu »), pour proposer des activités aux exilés, qui sont souvent en attente lorsqu’ils sont au Refuge (de solution pour partir, d’argent…), et leur permettre de faire une « pause » psychologique au milieu de leur parcours éreintant. C’est une super idée, mais on a encore un peu de mal à la mettre en pratique régulièrement.
Au début je venais tous les jours mais seulement pour une demi-journée, pour me garder du temps pour ma recherche d’emploi. Mais au bout de 15 jours, je me suis rendue compte que j’étais quand même assez fatiguée et que j’avais besoin de faire des vraies coupures entre mes passages au Refuge. Parce que, quand on est toujours au Refuge ou au Chalet, même quand on est pas inscrit sur une tâche, finalement on est toujours sollicité.
Donc maintenant je suis plutôt sur un rythme de 1 ou 2 nuits par semaine et 2 jours entiers de BVA. Comme ça je peux faire de vrais week-end de pauses pour profiter de la région, rencontrer des gens en dehors et chercher du travail. Pour moi, c’est un rythme plus tenable à long terme.
Attention : si vous êtes logés au Chalet, la contrepartie demandée est de 2 tâches par jour (avec deux jours de repos dans la semaine).
=> Toutes les pôles et taches sont décrites ici

Cette mission bénévole au Refuges Solidaires a t’elle répondu à tes attentes ?
Je n’avais pas d’attente particulièrement pour ce bénévolat, je suis partie à l’aventure. Je n’ai pas été surprise. En restant plus longtemps, on se rend compte de tout ce qui gravite autour d’un lieu comme les Terrasses Solidaires, les relations entre les différentes associations, les réunions et retours du conseil d’administration…
Avec les exilés, je m’attendais à ce que ce soit beaucoup plus dur, parce que les exilé.e.s qui arrivent ont des parcours incroyablement difficiles, tragiques pour certains. Je pensais voir des personnes au bout du rouleau ou qui arrivent complètement épuisées en pleine nuit. Ca peut arriver, mais je pense qu’après quelques années d’existence des différentes asso, il y a une meilleure organisation et ça permet que les personnes arrivent dans de meilleures conditions.
Finalement, on n’est pas vraiment confronté à leurs situations personnelles, à leur histoire. On fait peu de connaissances vraiment poussées, car ils ne restent pas longtemps. Mais on partage un peu de temps pour leur changer les idées, en jouant du ping-pong ou aux cartes, en rigolant pour qu’ils prennent une vraie pause psychologique. Et je pense que c’est vraiment important pour eux de pouvoir laisser tout ça derrière eux pour un temps.
À l’accueil, on a plus affaire aux difficultés des personnes, qui n’ont pas d’argent, qui ne savent pas où aller. Là, on est plus confronté à notre impuissance, c’est plus dur à gérer émotionnellement, car on sait que beaucoup vont probablement dormir dans la rue en quittant Briançon.
Beaucoup de bénévoles viennent en se disant qu’ils vont aider, qu’ils vont sauver le monde, qu’ils vont créer des liens profonds, mais ce n’est pas en 2 jours que nous allons tout changer et effacer tout ce qu’ils ont vécu, même avec toute notre bienveillance. Il faut savoir accepter qu’on n’est finalement qu’une petite pierre sur leur long chemin. On fait juste de notre mieux pour que cette pierre soit solide et leur permette de faire le pas suivant.
Comment ça se passe avec les bénévoles ? Que faites-vous entre bénévoles ?
Dans l’ensemble ça se passe bien. Personnellement je n’ai pas encore rencontré de bénévole « pas sympa ». Je trouve que c’est beaucoup de belles rencontres, des personnes avec des parcours assez variés, qui font parfois partie de collectifs ou d’initiatives super intéressantes dans leur ville d’origine.
Les gens du chalet sont très soudés, ils font pas mal de choses ensemble, ils vont boire un coup dans les bars de Briançon. Moi comme je vis en dehors, je ne vois pas tout le monde, et il y a beaucoup de turn-over. Parfois je reviens de week-end et je ne connais plus personne, ça peut être un peu déroutant.
En quelques mots pour revenir sur cette expérience :
C’est un grand travail sur soi, surtout dans le rapport avec les exilés. Apprendre à lâcher prise, à ne pas tout porter. Il y a beaucoup de bonne humeur, mais parfois des côtés un peu plus sombres aussi. Ca fait partie du taff, et c’est ça qui est formateur et enrichissant. Comme c’est l’hiver, c’est encore assez calme, mais cet été ça sera intense. Donc on espère qu’on aura un maximum de monde pour pouvoir continuer à accueillir les exilés dans de bonnes conditions.




