Partons à la découverte du poste d’accueil au Refuge, en compagnie de Bchira, dont le profil est un peu différent suite à sa formation de médiatrice interculturelle en langue. Bchira occupe le poste d’accueil cet été pour deux mois en renfort.
Nous l’avons interviewée pour qu’elle nous parle de son parcours, de sa formation de médiatrice interculturelle en langue et de son rôle à l’accueil du refuge.
Bonjour Bchira, peux-tu te présenter ?
Bonjour, je suis Bchira, exilée tunisienne depuis 8 ans. Arrivée en France pour mes études d’histoire, j’ai demandé à être accueillie par la France. La démarche a pris 6 ans.
Pendant tout ce temps, j’ai participé à de nombreuses actions en lien avec différentes associations, syndicats et collectifs en soutien aux personnes exilées. J’étais déléguée de la CSP 75 où je m’occupais avec les autres délégués de la coordination et la gestion des dossiers des sans-papiers.
Je me suis investie en bénévole dans diverses associations liées à l’exil. Par exemple, j’aide à la sensibilisation avec la CIMADE (Comité Inter-Mouvements Auprès Des Evacués). Et je co-anime des ateliers de formation avec la FASTI. Actuellement je suis membre de l’assemblée générale de la Cimade et du bureau de l’UEE.
Quelle formation as-tu suivie pour être médiatrice interculturelle en langue ?
En 2021, peu de temps après ma régularisation, j’ai découvert et je me suis inscrite à la formation DU Pro Hospitalité Médiations Migrations de L’Inalco, Institut National des Langues et Civilisations Orientales. Je parle les langues arabes tunisien et arabe littéral.
Cette formation, créée en 2019, permet de ne pas être simplement interprète, mais de tenir un rôle de médiateur interculturel en langue. Un métier très peu valorisé en France pourtant indispensable dans la pratique de l’accueil des personnes exilées. Elle est ouverte à tous les locuteurs d’une langue dite de migration quel que soit leur statut administratif. Ainsi que les intervenants auprès des personnes exilées.
Comment as-tu connu l’Association Refuges Solidaires ?
D’abord par une camarade, Sarah, doctorante qui avait participé activement à l’affaire de justice pour Blessing (jeune Nigérienne, décédée dans la Durance, lors de son arrivée à la frontière française en 2018). Je suis venue également pour participer à une action de soutien aux personnes exilées organisée par Tous Migrants dans la région de Briançon. Je voulais venir ici comme bénévole, mais on m’a proposé cet emploi cet été ! C’est l’occasion de venir voir ce qu’il se passe concrètement sur cette terre frontalière.
Quel est ton travail au sein de Refuges Solidaires ?
Je suis ici pour deux mois au poste d’accueil. J’ai été très bien accueillie par des membres de l’association, Nelly et Marie et tous les autres bénévoles et salariés.
Je peux maintenant mettre en pratique mes connaissances sur la médiation dans la situation de migration. Un exemple marquant de ma formation, et relevé par les chercheurs de LIMINAL au CPA de la Chapelle (2016- 2018), montrait les incompréhensions lors de l’emploi d’un mot assez similaire dans la langue arabe, mais l’un des deux mots veut dire transfert, l’autre expulsion. On peut comprendre que cela crée rapidement des tensions dans les échanges si on ne prend pas le temps. Il faut donc être à l’écoute de la personne exilée, l’accueillir et l’orienter sans incompréhension.
Quel est ton ressenti sur ces premières semaines sur l’association ?
Le Refuge est un lieu de répit qui survit grâce à un immense investissement de bénévoles et des dons privés ; sa capacité d’accueil est très limitée. Nous avons vécu des moments de surpeuplement et des tensions. L’Etat doit prendre sa part de responsabilité pour assurer un accueil digne et une prise en charge adéquate des enfants et des réfugiés femmes et hommes qui franchissent la frontière pour demander leurs droits, garantis par des droits internationaux.
Cela implique aussi la nécessité d’une prise en charge de la santé mentale de ces personnes exilées, souvent frappées de lourds traumatismes psychologiques suite à des traversées pénibles, complexifiées par les politiques européennes de contrôle et de refoulement.
Presque 35 % des accueillis en ce moment sont des enfants qui ont vécu ces traversées difficiles. La politique d’accueil des MNA – Mineurs Non Accompagnés – en France, basée sur « les preuves » de minorité, les fragilise encore plus.
Autant que chargée d’accueil, j’ai cumulé, entre autres, mes tâches avec le travail de médiatrice interculturelle en langue. Or, ce métier nécessite d’aller vers les personnes exilées dans le bâtiment à différents moments de la journée ou/et la création d’activités communes afin de créer des liens de confiance et de communication. Le but est d’arriver à comprendre au mieux chaque personne exilée accueillie au Refuge et d’éviter des malentendus, voire des tensions qui pourraient surgir.
De ce fait, il serait nécessaire de dissocier les deux tâches et créer une place de médiateur interculturel en langue dans le Refuge pour aider à mieux accueillir, détecter des besoins spécifiques en prise en charge et orienter les personnes exilées dans leurs démarches en France.
Voilà une des facettes du poste d’accueil au Refuge : un poste essentiel chaque jour, pour recevoir correctement, aider, orienter les centaines de personnes exilées qui s’y présentent. Il est généralement occupé par un salarié et par des bénévoles, capables de s’investir sur un mois minimum pour avoir le temps de recevoir une mini formation.
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